Yurang est un célèbre assassin chinois de la période Printemps et Automne (vers 771-476 av. J.-C.) cité par l’historien Sima Qian (vers 145- ? av. J.-C.) dans ses Mémoires historiques, fameux livre chinois qui tente de retracer l’histoire complète de l’Empire. Cinq biographies y sont dédiées à de grands assassins. Yurang, issu d’une lignée de ministres, se met au service d’un homme qu’il estime et respecte, le compte Zhi. Lorsque celui-ci est tué par son rival Xiangzi, Yurang décide de le venger en assassinant ce dernier, mais échoue à deux rerises. Arrêté par les hommes de Xiangzi, qui admire néanmoins la loyauté de son assaillant envers le défunt Zhi, Yurang se suicide. Cet homme qui tient à respecter les codes moraux devient ainsi une figure complexe et tragique, celle de l’homme courageux condamné à l’échec à cause de ses contradictions. L’histoire de Yurang et le thème plus général des guerriers célèbres connaîtront une grande fortune dans la littérature et les arts japonais. Ils inspirent notamment Au bord de l’eau, roman chinois écrit sous les Ming et qui relate l’histoire de cent huit bandits. En vogue au XIXe siècle au Japon, il avait été illustré en 1806 par Hokusai, puis par son émule Kuniyoshi n’est d’ailleurs pas sans évoquer celui de la fin de carrière d’Hokusai, à laquelle appartient ce kakemono. La signature « Hokusai litsu hitsu» permet en effet une datation de la période litsu d’Hokusai, l’avant-dernière de sa longue carrière, qui s’étend d’environ 1817 à 1833. Considérée comme l’âge d’or de sa production, elle est celle de ses grands chefs-d’œuvre, comme les fameuses Trente-Six Vues du mont Fuji. Le style est également celui de ses dernières œuvres : les courtes et larges touches d’encre comme des virgules apposées en courbes, presque en volutes, conférant un indéniable dynamisme à la représentation, font de ce portrait de Yurang une œuvre de maturité d’une grande force.
Adjugé 20 000 €