Michel-Ange mongol

Ce bouddha Amitabha à l’air serein affiche un pedigree vierge de tout passage en vente, étant resté dans la descendance du Dr Laville, médecin de la Croix-Rouge envoyé en Mongolie et mort en 1904 à Tianjin. Datant du XVIIIe siècle, cette oeuvre appartient à l’école de Zanabazar. Surnommé le « Michel-Ange mongol » ,  Undur Geghen Zanabazar (1635-1723) était non seulement artiste mais également le premier Jibzundamba hutugtu, chef spirituel de l’école bouddhiste tibétainegelug. Descendant de Gengis Khan, il appartient à une famille très liée à ce courant appelé également « l’école des bonnets jaunes » ,  dont la plus haute autorité est le dalaï lama. Dès l’âge de 15 ans, il est justement envoyé auprès de celui-ci et sera reconnu comme la réincarnation de l’érudit Taranatha (1575-1634), lui-même quinzième incarnation de Jibzundamba, l’un des cinq cents premiers disciples de Bouddha. De quoi asseoir sa légitimité, une fois revenu au pays. Contraint à demander la protection de la Chine pour contrecarrer le khan des Oïrats, il devient le vassal de Kangxi et se cantonne à un rôle religieux et artistique. Il pratique la sculpture, la peinture, invente un alphabet associant le tibétain, le mongole et le sanskrit, et encourage plus généralement la pratique des arts dans le style gelug. Ce dernier se distingue en sculpture par la douceur des attitudes et des gestes, la fluidité des lignes ou encore l’harmonie des proportions, bien éloignées de beaucoup de déités courroucées du panthéon tibétain. Notre bronze s’inscrit dans cette lignée sereine.

Adjugé 520 800 €, le 14 Décembre 2015

MONGOLIE, Ecole de Zanabazar - XVIIIe siècle

Statuette en bronze doré représentant le bouddha Amitabha, assis en padmasana, sur un socle en forme de double lotus à rangé inversées, ourlés et ciselés, les mains en dhyana mudra (geste de la méditation), le corps de proportion harmonieuse, est orné de tiare à cinq joyaux, boucles d'oreilles, pectoral, colliers, bracelets le visage aux traits réguliers, a l'expression sereine et le front large, surmonté d'une urna circulaire, la bouche fine, les trois plis de la beauté au niveau du cou. Il porte un dhoti et des écharpes flottantes. (Manque des doigts et le bol, usure à la dorure). H. 35,4 cm.
Provenance: Rapporté de Chine par le Docteur Laville, médecin de la croix rouge envoyé en Mongolie et mort en 1904 à Tianjin et dans sa famille depuis.
Amitabha est l'un des «cinq bouddha transcendants» de la méditation, son nom signifie «lumière infinie», il est associé à l'ouest, au couché du soleil. Son emblème est la fleur de lotus, qui symbolise la renaissance et le développement spirituel.
Le premier Jibzundamba Hutugtu Undur Geghen Zanabazar, prince mongol, Khan de la famille de Gengis Khan, fut un géni éclairé de Mongolie du XVIIe siècle, un incroyable sculpteur, peintre, poète, architecte et traducteur, qui inventa même une écriture phonétique du mongol, du tibétain et du sanskrit.
«Hutugtu» est un mot mongol ancien signifiant le présent régénéré du passé, le mot «geghen» avait la même signification. Le mot «Undur» est le nom décoratif signifiant «grand, haut». Le mot «zana» dérive de la terminologie sanscrit «Ghyang», savoir et sagesse. Bazar signifie vajra ou la foudre. A l'âge de cinq ans, Zanabazar est nommé par le dalaï-lama comme étant l'incarnation du Bogdo Gegen, «pontife éclairé», correspondant à l'un des trois titres importants pour les bouddhistes mongols avec celui du dalaï-lama et du Panchen Lama. En 1653, des croyants décident de construire un monastère à Undur
Geghen afin qu'il puisse créer et méditer paisiblement. Celui-ci construit de nombreux temples dont le monastère Urga Tsogchin. Le travail de Zanabazar reflète une connaissance du canon des proportions du corps humain, il se détermine par la douceur extrême des attitudes et des gestes, la fluidité des lignes, la finesse harmonieuse des visages, des bijoux de brins longs et simples de perles qui pendent le long des torses. Il s'agit d'un style serein, qui ne représente pas de déités cruelles et courroucées mais un doux équilibre des formes. La plupart des sculptures sont en bronze doré au mercure, les visages laqués en polychromie et or. Il créa notamment une série des cinq bouddha contemplatifs assis sur le lotus, dont seule la position des mains diffèrent, les corps sont de proportions harmonieuses, la taille cintrée, le bronze finement ciselé, le visage aux traits réguliers et l'expression bienveillante, le front large, les yeux légèrement baissés, le nez droit, une bouche finement ourlée, les trois plis de beauté très marqués au niveau du cou, le dhoti moulant délicatement ciselé de motifs, complété par des écharpes flottantes. Le sens artistique particulier de ce khan, s'exprime à travers la lumière et la couleur de ses bronzes. Ces oeuvres n'attirent pas seulement les croyants, mais n'importe quel novice. Il s'agit d'un hymne à la nature humaine, au coeur, à la paix éternelle, à l'esthétique. Pour certains, il demeure le «Michel Ange Mongole».