Publié par la Gazette 

Émile Gallé (1846-1904), vase en verre à décor de deux cigales émaillées, dégagées à la meule et reprises au touret sur un fond de salissures intercalaires, au cobalt, de paysage et d’herbacés, vers 1884, H. 8,5 cm

On sait combien Émile Gallé était attiré par le monde animal, notamment par la multitude des insectes. Dans sa bibliothèque, nombreux sont les ouvrages et les traités sur le sujet. Oui, le monde animal est tout aussi digne d’intérêt que l’univers végétal : «Si une plante est belle par elle-même, les êtres ailés qui passent leur vie à ses côtés lui apportent leur charme particulier. L’entomologie est donc nécessaire, au même titre que la botanique, à celui qui veut réjouir nos demeures par ses compositions», professe-t-il lors de sa leçon à l’école de Nancy, le 28 avril 1901. Papillons, lucanes, libellules – si fascinantes que le maître verrier se surnomme «l’amant des frissonnantes libellules» –, sauterelles et cigales sont parmi ses motifs de prédilection. Symboles de l’insouciance, de l’amour et de la félicité, attributs d’Apollon, nos bestioles que le soleil fait chanter et la nuit réduit au silence semblent ici prisonnières de leur carcan de verre… Trois variantes de ce vase sont à ce jour connues : l’une sans le fond émaillé, une autre, semblable avec ses salissures intercalaires et son décor émaillé, offerte en 1894 par Edmond de Goncourt à madame Julia Daudet, femme de lettres et épouse de l’écrivain, la dernière étant ornée de sauterelles et datée 1889. Précieux témoignage des recherches d’Émile Gallé sur la marqueterie de verre, imaginée à partir de celle du bois, consistant à presser des fragments de verre chaud puis à les aplanir et à les graver, notre vase est une pièce unique. Ce qui est rare est cher.
Jeudi 4 mai, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Tessier Sarrou et Associés. Plaisance Expertise.