Publié par Présent
Dans le catalogue de la vente aux enchères de la maison Tessier-Sarrou, qui a eu lieu le 26 septembre dernier à Drouot, on trouve un document assez exceptionnel : un courrier à Marcel Achard en date du 17 juin 1938, pour le féliciter de la centième de sa pièce Le Corsaire, mise en scène par Louis Jouvet.
Cette lettre collective était signée notamment de Louis Jouvet, Sacha Guitry et Henri Jeanson. Or, nous explique le catalogue, si Jeanson admirait Guitry, Jouvet, lui, ne l'aimait guère. Puis, la guerre et les divergences d'options politiques séparèrent Jeanson (pacifiste appelant à la désertion en 1939), et Guitry (passionnément français). Arrêté en novembre 1939, Jeanson avait été emprisonné pour des articles parus en mars et août 1939 et pour avoir signé la pétition anarchiste « Paix immédiate ». Il frit condamné par un tribunal militaire à cinq ans d'emprisonnement pour « provocation de militaires à la désertion ». Malgré l'intervention de Jouvet, Guitry avait refusé de soutenir Jeanson, paraît-il, car il ne supportait pas son antimilitarisme et le soutien indirect à l'ennemi allemand qui en découlait. Libéré de prison grâce à l'Occupation, on retrouve Jeanson à la tête du journal collaborationniste Aujourd'hui, dont il s'éloignera ensuite.
Mais inversement, en 1944, c'est Guitry qui est emprisonné à son tour, pour pétainisme. Ni Jeanson ni Jouvet ne se bouscullèrent pour venir à son secours.
C'est bien pourquoi la réunion de ces signatures sur un même document a une valeur historique, en tout cas, une valeur pour ce qui est de l'histoire du théâtre. D'autant que, comme le rappelle le catalogue de vente, Sacha Guitry et Louis Jouvet ont été « les deux plus fameux hommes de théâtre du XXe siècle ». Une affirmation que ne démentira sans doute pas notre lecteur attentif, Jacques Lorcey.