Article paru dans la Gazette Drouot n°5 du 2 février 2018
DANS QUELQUES JOURS, LES COUPS DE MARTEAU RÉCOMPENSERONT UN ENSEMBLE DE GARDES DE SABRE DES XVIIIe ET XIXe SIÈCLES.
D’UNE GRANDE VALEUR ESTHÉTIQUE, CES OBJETS PERCÉS EN LEUR MILIEU ÉTAIENT DESTINÉS AU PASSAGE DE LA LAME. FOCUS SUR UN ASPECT DE L’ART JAPONAIS.

Le mois de février se déroulera-t-il sous le signe du Japon ? Peut-être bien... Une vente aux enchères et deux expositions, l’une au musée Guimet, l’autre au Palais de Tokyo, mettent en lumière un aspect particulier de l’art et de l’histoire du pays du Soleil-Levant : celui des armes et des armures. Sous le marteau, il s’agira d’une collection privée parisienne, constituée durant une quarantaine d’années en ventes publiques. Elle est consacrée aux tsuba, ces gardes de sabre de quelques centi- mètres de diamètre conçues pour protéger la main tenant le sabre et, en même temps, équilibrer la lame. Utilitaires, ces disques miniatures sont devenus au fil des siècles de véritables œuvres d’art. À la veille de fêter ses 80 printemps, notre collectionneur – « Monsieur J.P.B.» – a pris la décision de se séparer de ses objets, tous choisis pour le raffinement et l’originalité de leur décor.

 
Signé Yosuishi, daté 1845.
Hokei gata en sentoku,
décor en taka zogan de cuivre et shibuichi de Wasobyoye sur le pouce d’un géant plus grand que le mont Fuji au clair de lune sur une face,
sur l’autre de voiliers sur la mer en katakiri bori
H. 10,5 cm.

 
LÉGENDES ET FIGURES
Cet ensemble de cent vingt pièces en bon état de conservation – auxquelles s’ajoutent quelques menuki (petits ornements situés sous la tresse de poignée du sabre) et des kozuka (manches des petits couteaux disponibles à gauche sur le fourreau du sabre) – nous mène de l’époque Momoyama (1573-1603), pour les plus anciennes, aux périodes Edo (1603-1868) et Meiji (1868-1912), offrant un vaste panorama des techniques, des écoles et des décors utilisés. Ainsi, certains tsuba en fer sont travaillés en ajours, d’autres étant incrus- tés de métaux plus précieux, tels l’or, l’argent ou le cuivre. Les motifs végétaux – fleurs de cerisier, branches de bambou, feuilles de ginko, champignons, silhouettes de pins, pivoines, chrysanthèmes – cohabitent avec les animaux, du buffle au héron, en passant bien sûr par le dragon pourchassant la perle sacrée parmi les nuages ou les vagues écumantes... Enfin, si le mont Fuji, plus haut sommet du Japon avec ses 3 776 mètres, prête son cône parfait à ces tableaux miniatures, nombreuses sont les légendes et autres figures nippones à avoir été représentées par les artistes. C’est d’ailleurs parmi ce type de décors que sont attendus les meilleurs résultats, autour de 3 000 €. L’un met en scène un empereur regardant quatre personnages laissant leurs empreintes sur un rouleau, tandis que sur un autre le militaire Rochishin joue à kubi-hiki avec deux oni, démons populaires aux yeux globuleux : les adversaires, assis, doivent se faire tomber en tirant simultanément sur la corde passée autour de leur cou... Quant à Wasobyoye, sorte de Gulliver japonais, on peut le voir sur le pouce d’un géant plus grand que le mont Fuji.