Article paru dans la Gazette Drouot n°5 du 2 février 2018

L’ÂME DU GUERRIER

Le décor des gardes correspondait souvent à la personnalité du samouraï qui les commandait à l’orfèvre. Plus le guerrier était d’un rang élevé, plus les tsuba étaient luxueux dans leur ornementation et la technique utilisée. Les plus anciens remontent à la période Nara (710 à 784). Mais c’est surtout au XVIIe siècle qu’ils deviennent des objets d’art à part entière, symbolisant le statut de leur possesseur. S’il existe encore aujourd’hui des facteurs de tsuba, les principales écoles, très spécialisées, se sont multipliées dès le XVIe siècle, la plus célèbre étant celle fondée par Goto Yujo (1453-1512), dont les œuvres – destinées aux sabres de cérémonie – étaient ornées de points en relief. C’est dire l’importance que revêtaient ces objets... Dans le bus- hido – « la voie du guerrier », code destiné à régler selon l’honneur les comportements du samouraï lors des batailles de manière à garder une maîtrise intérieure –, le sabre est considéré non seulement comme une arme de combat, mais aussi comme l’élément de transmission de l’esprit du guerrier sur ses actes. Il était donc normal qu’il soit forgé et décoré jusqu’à la perfection, sa beauté extérieure témoignant de la noblesse de son utilisateur. Objet sacré pour le samouraï, le sabre a pour pièce principale la lame, dont la pureté symbolise l’âme du guerrier. Aujourd’hui, le touriste occidental peut être surpris d’en voir autant d’exemplaires dans les musées japonais, alors que pour le public local, sauf celui des plus jeunes générations, de tels objets méritent d’y figurer.

 
Début de l’époque Edo (1603-1868).
Hokei gata en fer
à décor incrusté en taka zogan de laiton, d’un dragon sur une face
et d’un phénix aux ailes déployées sur l’autre
H. 8,5 cm.