Publié par la Gazette Drouot
Les samouraïs en garde honneur et poésie

La collection de Monsieur J.P.B. de cent vingt-six tsuba offrait un vaste panorama de la création dans l’empire du Soleil-Levant, de l’époque Azuchi-Momoyama (1573-1603) à l’ère Meiji (1868-1912). Les estimations étaient raisonnablement annoncées à quelques centaines d’euros, avec des pointes à 3 000 €, pour un résultat final de 132 862 €. Le principe selon lequel les objets présentés en ensemble – qui plus est assortis d’un pedigree – font des étincelles se vérifiait une nouvelle fois, et plusieurs de ces petites gardes de sabre flirtaient avec les 10 000 € – celle reproduite ci-dessus les dépassant même pour atteindre 10 125 €. La hiérarchie était également respectée, puisque ce sont bien les pièces le plus chèrement estimées qui recevaient les plus hauts suffrages, preuve du bon œil de ce collectionneur, amoureux de ces objets et présent lors des ventes aux enchères de la spécialité durant près de quarante ans. On constate également depuis quelques années un regain d’intérêt pour ce qui a trait à la tenue du samouraï, ses armures et ses casques  – il est vrai souvent somptueux – et donc, tout ce qui les accompagne – sabres, gardes, ornements de poignée et de fourreau. L’exposition qui vient de s’ouvrir au musée Guimet, «Daimyo, seigneurs de la guerre au Japon» (jusqu’au 13 mai), s’inscrit d’ailleurs dans cet esprit. La variété des tsuba est inouïe et, comme pour les netsuke, on ne peut qu’être impressionné et admirer la dextérité et l’imagination des forgerons, des armuriers ou des miroitiers, trois corporations d’artisans engagés dans leur fabrication. Pourtant, ils ont des contraintes incontournables : un orifice central pour passer la soie et, pour certains modèles, deux orifices supplémentaires latéraux permettant d’y glisser deux lames ou des instruments particuliers, notamment pour divers usages domestiques du samouraï. Son caractère fonctionnel est indéniable, mais l’époque féodale des guerres internes au Japon est terminée depuis longtemps, et c’est bien pour sa valeur artistique qu’il nous intéresse : il date de l’époque Edo (1603-1868), à partir de laquelle l’objet est devenu un marqueur social. Au chapitre des jolies surprises que cette collection renfermait, un exemplaire en shakudo ciselé et incrusté orné d’un dragon pourchassait la perle sacrée jusqu’à 8 500 €, un autre en sentoku, présentant sur sa face un empereur observant des personnages sauvages, laissait son empreinte à 8 125 €, et un autre encore, d’une grande poésie, exprimait à 9 375 € tout l’amour du Japon pour le naturalisme, au travers d’un couple de hérons avançant parmi les roseaux.

Vendredi 9 février, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés OVV. Cabinet Portier et Associés.