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Eugène LAMI (Paris 1800 - 1890)

Lot 35
100 000 - 150 000 €
Résultats avec frais
Résultat: 450 000 €

Eugène LAMI (Paris 1800 - 1890)

L'Entrée de Son Altesse Royale la Duchesse d'Orléans dans le jardin des Tuileries le 4 juin 1837
Toile 86,5 x 152 cm
Signé et daté en bas à droite EUGENE LAMI MDCCCXLI Porte en bas à gauche une étiquette Collection de Son Altesse Royale Mgr le duc d'Alençon

Provenance:
Collection du second fils du roi Louis - Philippe, Monseigneur le duc de Nemours, jusqu'à sa mort en 1896;
Collection de son fils, Monseigneur le duc d'Alençon, jusqu'à sa mort en 1910;
Collection de son fils, Monseigneur le duc de Vendôme, jusqu'à sa mort en1931;
Vente du duc de Vendôme, Paris, Galerie Georges Petit, 4 décembre 1931, (Mes Lair - Dubreuil et Couturier), n° 40, reproduit, (147 000 francs);
Acquis à cette vente par Georges Ancel;
Depuis resté dans cette famille.

Expositions:
Salon de 1841, Paris, Musée Royal, n° 1169 (collection de SAR Monseigneur le duc de Nemours);
L'Art et la vie romantique, Paris, Hôtel Jean Charpentier, 1923, n° 307, reproduit;
Les peintres des jardins des XVIIIème et XIXème siècles, Paris, Bagatelle, 1928, n° 40, reproduit;
Jardins d'hier et d'aujourd'hui, Paris, Galerie Guy Stein, 1934, n° 38, reproduit;
Paris, Paris, Galerie Charpentier, 1944 - 1945, n° 110, reproduit;
Cent chefs d'oeuvre de l'art français 1750 - 1950, Paris, Galerie Charpentier, 1957, n° 45;
Les jardins et les fleurs de Breughel à Bonnard, Paris, Galerie Charpentier, 1965, n°51, reproduit.

Bibliographie:
W. Tenint, Album du Salon de 1841, pp. 24 - 25;
P. - A. Lemoisne, Eugène Lami 1800 - 1890, Paris, 1912, pp. 60 - 62;
P. - A. Lemoisne, «L'oeuvre d'Eugène Lami (1800 - 1890), essai d'un catalogue raisonné», Collection de la Société de l'Histoire de l'Art français,, Paris, 1914, n° 475, (appartenant au duc de Vendôme et d'Alençon);
J. Verrier, «L'Art et la vie romantique», in Beaux - Arts, 15 mai 1923, reproduit p. 69;
R. Dardenne, «Les peintres de jardins à Bagatelle», in Le Figaro supplément artistique, 5 juillet 1928, reproduit p. 609.
Exposé au Salon de 1841, ce tableau a appartenu au duc de Nemours, deuxième fils du roi Louis - Philippe. Une esquisse très aboutie (Toile, 59 x 97 cm, signée en bas à gauche, acquise le 8 - 10 mai 1911 à la vente d'Alexis Rouart, Paris, Hôtel Drouot, n° 132), est conservée au Louvre (voir Ch. Sterling et H. Adhémar,
Peintures Ecole française XIXème siècle Musée National du Louvre, vol. III, Paris, 1960, n° 1147, reproduit pl. 420).

Eugène Lami avait fait partie du groupe d'artistes commandités par la cour pour immortaliser en 1837, le mariage du duc d'Orléans, héritier du trône. Les peintres Auguste Mayer, Pierre Ouvrié, Clément Boulanger et Eugène Lami ont en effet réalisé une série de dessins des différentes cérémonies, véritables reportages, destinés vraisemblablement à un album (voir S. Ceruti «Les trois mariages du duc d'Orléans et de la princesse Hélène de Mecklembourg - Schwerin à Fontainebleau le 30 mai 1837», Les cahiers de la SAMCF, n° 6, février 2012.
Lami fit une aquarelle de la cérémonie religieuse, conservée aujourd'hui au château de Chantilly. Le peintre avait déjà travaillé pour Louis - Philippe. Le roi lui avait commandé des tableaux à sujets militaires destinés au musée d'Histoire de France de Versailles. Les oeuvres qu'il réalisa à l'occasion du mariage du duc d'Orléans marquèrent un tournant dans sa carrière. Lami se consacra dorénavant à la peinture de genre, devenant le témoin des fêtes officielles et privées, privilégiant l'aquarelle, et travaillant pour la plupart des grandes familles de son époque tels les Rothschild à Ferrières. Lami fit des dessins de la plupart des grands évènements de la Monarchie de Juillet, notamment des scènes de la visite officielle de la reine Victoria en 1843 - 1844, au château d'Eu. Il conçut des décors à Chantilly pour le duc d'Aumale, autre fils de Louis - Philippe. «Connaissez-vous rien de plus rare, après l'art sublime, que l'art fashionable. Il semble qu'en peinture il suffise de voir pour reproduire Tout le monde voit: combien peu comprennent. M. Eugène Lami a le sentiment de l'élégance et de la recherche; il lui faut une atmosphère parfumée, de petites traces de pieds sur le sable, et de l'ombre sur les visages délicats. Qu'il sache faire une main en chair et en os, je n'en doute pas; mais il la préfère strictement gantée. Aussi était-ce un sujet qui lui revenait de droit.
L'entrée de S. A. R. la duchesse d'Orléans dans le jardin des Tuileries. Cette enceinte où régnent deux royautés, l'une représentative et l'autre absolue; l'une grave et l'autre frivole, la royauté des hommes et celle des femmes, le roi et la mode. Il était dit que la duchesse tiendrait de près a ces deux royautés-là. Nous sommes, avec les spectateurs, d'un côté du bassin octogone; le cortège déroule de l'autre sa courbe gracieuse et étincelante. Ce premier plan est d'une grâce ravissante. La fraîcheur de ces toilettes aux couleurs harmonieuses, la souplesse de ces tailles fines que le mantelet cache et trahit à la fois, le demi-jour doucement coloré des sveltes ombrelles, tout porte le cachet de cette élégance, qui n'est pas une vertu sans doute, ô moralistes ! mais qui peut bien exister en ce monde au même titre que la rose créée par Dieu lui-même, en dépit de votre lugubre austérité. Le cortège a du mouvement et de l'éclat; les chevaux sont vivants. Ce tableau est chaud, riant et coloré. Tout, jusqu'à la nature, y est d'une coquetterie charmante; les arbres y sont soigneusement taillés, et l'eau, -où l'aristocratie va-t-elle se nicher ! - s'élance du bassin en un superbe jet empanaché.» (voir W. Tenint, op. cité supra).
Notre tableau évoque l'entrée à Paris de la nouvelle duchesse d'Orléans, le 4 juin 1837. Ferdinand Philippe (1810 - 1842), duc d'Orléans et héritier du roi Louis - Philippe vient d'épouser la princesse Hélène de Mecklembourg Schwerin (1814 - 1858), nièce du roi de Prusse. A l'occasion de cette union, Louis - Philippe, souhaita renouer avec un certain faste, ce qui ne déplut pas à ses partisans.
Madame la duchesse d'Orléans fit son entrée dans Paris, le dimanche suivant, par un temps fabuleusement beau. La nature semblait s'être parée pour la recevoir. Les marronniers des Tuileries étaient couverts de fleurs, les lilas embaumaient l'air; les deux terrasses donnant sur la place, remplies de femmes vêtues en couleurs brillantes, formaient des espèces de corbeilles dont l'éclat et la fraîcheur le disputaient à celles du parterre.
La place, le jardin, l'avenue des Champs-Elysées étaient combles; tout le monde se sentait de bonne humeur. Le cortège ne se fit pas trop attendre et il fut reçu avec les plus vives acclamations.
Madame la duchesse d'Orléans put prendre possession de sa nouvelle résidence» (Récits d'une tante, Mémoires de la comtesse de Boigne, Tome IV, Paris, 1922, «Fêtes à Fontainebleau pour le mariage de M. le duc d'Orléans en 1837», p. 249).
Réputé généreux et ouvert sur le monde, destiné à régner, Ferdinand - Philippe avait tout du bon parti. Cependant, la plupart des cours européennes étaient hostiles à une alliance avec le fils de Louis - Philippe, «le roi des barricades», «le roi - bourgeois» considéré comme un usurpateur dont les idées avancées déplaisaient. Il finit par se fiancer avec Hélène de Mecklembourg - Schwerin, une nièce du roi de Prusse, jugée élégante, cultivée et ambitieuse. Les fiancés se rencontreront officiellement pour la première fois à Melun la veille du mariage. Bien que cette union ait été avant tout politique, le duc et la duchesse d'Orléans s'entendront à merveille et vivront plusieurs années de bonheur jusqu'à la mort accidentelle du duc d'Orléans en 1842. La duchesse en exil en Angleterre depuis dix ans avec ses deux fils, le comte de Paris et le duc de Chartres, suite à la Révolution de 1848, mourra en Angleterre en 1858.
Les festivités s'étendirent sur plusieurs jours. La France n'avait pas connu de mariage royal depuis celui de Louis XVI et de Marie - Antoinette en 1770. C'est le duc de Broglie, gendre de Madame de Staël qui alla chercher la fiancée à Fulda le 18 mai 1837. L'entrée solennelle en France se fit à Forbach le 24. La mariée fut bien accueillie par ses futurs sujets qui s'étaient massés le long de son parcours, et sembla séduire les foules.
Le mariage se déroula à Fontainebleau le 30 mai, en trois temps ou plutôt il y eut trois mariages selon les termes de S. Ceruti (voir op. cité supra). Un mariage civil, et deux mariages religieux, d'abord catholique puis luthérien.
Le château de Fontainebleau sembla constituer un cadre idéal. L'hostilité d'une partie du clergé en raison de la foi luthérienne de la mariée, la personnalité de Louis - Philippe, privèrent la cérémonie du faste habituel pour ce genre de cérémonie, ce qui aurait été encore plus visible à Versailles ou Paris.
Plusieurs jours de festivités furent prévus, avec des représentations de théâtre et d'opéras, un feu d'artifice, des excursions dans la région, ou des visites officielles. Les jardins du château furent ouverts au public. Les invités furent si nombreux, qu'on fut obligé de les répartir en trois séries de deux jours.
Le 4 juin au matin, selon un protocole bien établi, le roi, les jeunes mariés et tous les membres de la famille royale quittèrent le château de Fontainebleau pour faire leur entrée à Paris, présenter la nouvelle duchesse d'Orléans aux Parisiens et se rendre aux Tuileries, résidence des souverains.
L'entrée à Paris se fit par la Barrière l'Etoile, à midi. A 16 heures, le cortège entra dans le jardin des Tuileries par la place de la Concorde, accueilli par la foule des Parisiens que l'on voit au premier plan du tableau de Lami, autour du bassin octogonal. En bas à gauche, le peintre a représenté de dos la statue de Lorenzo Ottoni, Le Nil, installée dans le jardin en 1719. Au fond du tableau, on aperçoit des bâtiments de la rue de Rivoli, et la coupole de l'église Notre Dame de l'Assomption, à l'angle des rues Cambon et Saint Honoré.
Pour sa mise en scène, Lami a choisi le moment où le cortège se scinde en deux afin contourner le bassin octogonal du jardin des Tuileries
Parmi les personnages officiels, nous pouvons identifier au centre, Louis Philippe monté sur un cheval blanc. Le roi est entouré sur sa droite de son fils, le duc de Nemours et du général Bernard intendant des Tuileries. Sur sa gauche par le prince de Joinville et le maréchal Lobau. Devant eux, un piquet de gardes nationaux et un piquet de cuirassiers «Lami, a pour nous le montrer, choisi le plus joli moment de ce défilé, celui où, pour contourner le bassin des Tuileries, l'escorte se divise, une partie passant à droite et l'autre précédant le carrosse de la princesse à gauche. Les officiers et les cavaliers de l'escorte, les chevaux blancs du carrosse, tout est brillamment et fidèlement rendu; mais ce qui excite le plus notre admiration dans ce tableau, c'est la merveilleuse habileté avec laquelle il est mis en scène, si l'on peut s'exprimer ainsi. Au premier plan, toute une rangée de femmes, en robes claires, dont les ombrelles jettent leurs taches vives au soleil, terminée à gauche par une des statues de fleuves, et à droite par un coin surplombant de terrasse. Au second plan, un escadron de cuirassiers, des cavaliers éparpillés rejoignant, en avant, la tête de l'escorte qui s'enfonce à droite sous les arbres, dans un nuage de poussière; puis le bassin, à l'eau claire et transparente, qui réfléchit les cuirasses et s'empanache de son jet d'eau irisé; enfin, de l'autre côté du bassin, se détachant sur le fond merveilleux des marronniers en fleurs, le cortège et le carrosse princier traîné par huit chevaux blancs» (voir P. - A. Lemoine, Op. cité supra).
Ferdinand - Philippe chevauche à côté de la calèche où ont pris place sa femme Hélène accompagnée de la duchesse douairière de Mecklembourg - Schwerin (sa belle mère, seul membre de la famille de la mariée à avoir assisté aux cérémonies), sa mère la reine Marie - Amélie, trois de ses soeurs, Marie, Clémentine et Louise reine des Belges. Eugène Lami n'a pas représenté la deuxième voiture qui suivait avec des dames de la cour et autres membres de la famille.
A 16 heures 30, le cortège atteint le palais des Tuileries.
Le 10 juin, la famille royale se rendit à l'inauguration du musée de Versailles, marquant la fin des grands chantiers de restauration et de nouveaux aménagements décidé par Louis - Philippe dans l'ancien château des rois de France. Eugène Lami en réalisa deux superbes aquarelles.
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